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Wednesday, August 26, 2020

Marche athlétique - Dominique Delange (AJA Marathon) après 511,5 km de course : "Même si on se fait mal, c'est le plaisir d'être là" - L'Yonne Républicaine

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Ce n'est pas une première. En 2019, Dominique Delange (AJA Marathon) s’était classé 5e des Six Jours de France, à Privas (Ardèche) en marchant 555,195 km en 2019. La compétition s'est tenue du dimanche 16 août (14 heures) au samedi 22 août (14 heures). Cette édition 2020 a été difficile, notamment à cause de la météo. Le marcheur athlétique originaire de Champignelles a totalisé 511,601 km en 143 h 58’ 52. Il s'est classé troisième au scratch chez les marcheurs, mais deuxième homme, puisqu'une femme, Claudie Bizard, a terminé deuxième (586,147 km).

Le licencié de l'AJA Marathon, fidèle à son club de cœur, revient sur cette expérience.

Que retenez-vous de ces Six Jours de Privas 2020 ?

C’est une très belle aventure. C’est à la fois très beau et très compliqué.

Qu'est-ce qui est le plus beau ?

Ce qui est beau, c’est qu’on se retrouve tous ensemble, je dirais dans la même galère, parce que marcher six jours sur un circuit en plein soleil comme on a eu, c’est un effort intense, physiquement et mentalement.

Et qu'est-ce qui est le plus compliqué ?

On a des tas de choses à gérer dans sa tête. Les pauses repas, où il ne faut pas s’attarder trop longtemps, les douches qui doivent être courtes, parce que le chrono tourne et les copains tournent... Les pauses sommeil, que je n’ai pas su gérer. C’est compliqué. Depuis que je suis rentré dimanche soir, le corps me lâche complètement. On a une telle pression pendant six jours que là, on décompresse, on est complètement vide.

Avec quel objectif partiez-vous ?

Je l’ai fait l’année dernière pour apprendre, pour voir ce qui se passait, parce que marcher 24, 48 heures, je sais faire : j’y allais pour voir. J’ai fini quatrième. Cette année, j’avais prévu d’être sur la boîte. Je m’étais dit : c’est premier, deuxième, troisième, mais au-delà, non. Bon, je finis deuxième, mais honnêtement, je voulais la gagner cette année.

La principale douleur, ce n’est pas une douleur musculaire, au niveau du dos, des hanches, des bras ou des cuisses : la plus grosse douleur, c’est les pieds qui sont en feu.

Comment s'est déroulée la course ?

Je suis parti, au bout de deux-trois tours d’épreuve, je me suis retrouvé en tête au niveau des marcheurs. Et ça a tenu 82 heures. Au bout de 82 heures, le corps a commencé à m’envoyer des petits signaux. J’ai eu une grosse douleur au niveau de la cuisse, au bout de 50-60 km, ce qui fait que j’ai le genou qui a gonflé, côté droit. J’étais un peu sur la retenue. Et surtout, je n’arrivais pas à dormir. On se couche dans le camping car et dix minutes après, on est réveillé, parce que le cerveau, il est branché course. Vous êtes allongé, vous entendez les autres passer et vous vous dites : "Non, j’y retourne, parce que ça tourne et c’est du temps de perdu".

Quelle était votre stratégie en termes de sommeil et d'alimentation ?

Je m’étais dit : dormir de minuit à 3 heures et puis manger aux heures de repas. Mais se poser, avaler en vitesse l’assiette et puis repartir. Repartir tant que le corps est chaud, parce qu’après, c’est difficile de le remettre en route.

Comment avez-vous vécu ces Six Jours physiquement ?

On a eu 47 °C sur la piste vendredi... Les pieds, ils sont en feu ! La principale douleur, ce n’est pas une douleur musculaire, au niveau du dos, des hanches, des bras ou des cuisses : la plus grosse douleur, c’est les pieds qui sont en feu. C’est comme marcher sur la plage en plein été sans chaussures sur le sable à 45°C. C’est ce qui s’est passé pendant toute l’épreuve, là.

Les copains m’ont dit que c’était une épreuve faite pour moi et qu’un jour, je me devais de la gagner.

Est-ce possible de rester sur de la marche athlétique, dès lors ?

Je dirais : marche athlétique ou marche nordique, à ce niveau-là, il n’y a plus de différence. Au bout de 3-4 jours, qu’on fasse de la nordique ou de l'athlétique, on est dans le même état d’échauffement au niveau des pieds. La pose du pied est difficile, à chaque pas, c’est une souffrance. La fin a été difficile quand même, pour moi. Parce que je n’ai pas atteint mon objectif. Je suis néanmoins sur la "boîte", je suis deuxième, je suis hyper content, mais si j’avais fini premier, je pense que toute cette souffrance au niveau des pieds, je ne l’aurais pas ressentie.

Pourquoi se lancer un tel défi ?

Je suis prêt à recommencer ! J’ai déjà regardé en rentrant : la saison prochaine, ils ont annoncé que les Six jours de Privas seraient au mois d’avril. Donc, on aura beaucoup moins chaud. Bonne nouvelle ! J’ai vu qu’il y aurait une autre épreuve de Six jours en France début juillet. Je vais repartir pour Privas en avril, parce que les copains m’attendent là-bas. Ils m’ont dit que c’était une épreuve faite pour moi et qu’un jour, je me devais de la gagner.

À quel moment prenez-vous du plaisir sur une telle épreuve ?

Du plaisir, je dirais qu’on en prend tout le temps, parce qu’on est entre copains, on se connaît. Même si on se fait mal, c’est le plaisir d’être là, le plaisir de ne pas lâcher, surtout. On a quand même un grand respect pour les gens qui organisent cette course. Pour faire une telle course, déjà, par rapport au Covid, il a fallu qu’ils tiennent. Qu’ils mettent des gestes barrières, que nous, on les respecte. Il a fallu qu’ils trouvent des bénévoles, qu’ils se protègent. Par rapport à tous ces gens-là, on ne peut pas dire : j’ai un petit bobo, je lâche, je pose le dossard. Notre devoir c’est de passer la ligne d’arrivée, pour leur faire plaisir à eux aussi.

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Comment se prépare-t-on à une compétition de six jours ?

On se prépare toute une année. On se prépare un an. Déjà mentalement, l’année dernière, quand l’épreuve s’est terminée, je me suis dit : j’y retourne l’année prochaine. Début janvier, je me suis inscrit, j’ai réservé une place. Là, après, on met la machine en route dans la tête. On dort "Privas", on pense "Privas", on se fait des petits plans d’entraînement dans la tête, on se fait des plans de course et puis c’est parti.

La crise sanitaire a-t-elle impacté votre préparation ?

Avec le Covid, pendant trois mois, comme tout le monde, je n’ai pas pu marcher. Il a manqué quand même pas mal de kilomètres et d’épreuves. Mais je suis satisfait des entraînements que j’ai faits et content, malgré que je sois deuxième, hyper-heureux parce que je n’ai rien lâché et que je suis arrivé pas blessé. À part deux ampoules, les pieds qui chauffent un peu, un genou inflammé, mais pas de gros bobo. Je pense que dans deux-trois jours, avec un peu de crème anti-inflammatoire, ce sera fini et on pourra reprendre l’entraînement gentiment, je pense, la semaine prochaine.

Déjà la reprise de l'entraînement ?

Oui, parce que l’épreuve que je devais faire au mois de mars, les championnats de France (de grand fond, ndlr) à Château-Thierry, a été reportée au 24 octobre je crois. Donc, on va reprendre gentiment l’entraînement. Parce que même si le Covid est toujours là, l’épreuve est quand même annoncée. Et même si l’épreuve, je ne la faisais pas… on a besoin de marcher quand même. On a besoin de s’entretenir.

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Propos recueillis par Sabrina Huard
sabrina.huard@centrefrance.com




August 26, 2020 at 10:00PM
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